La justification du mort en Egypte antique.
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Le défunt est conduit par un dieu devant le tribunal. Là, il est d'abord soumis à la pesée. Son cœur, en tant que siège de la compréhension et de la mémoire, est placé sur le plateau de balance opposé à celui de Maat. Ce terme pour lequel il n'y a d'équivalent en aucune langue peut être rendu par « véritable ordonnance du monde, justice, vérité, équilibre ». Maat est représentée sur un plateau de balance par son symbole, une plume ou une déesse accroupie portant une plume. Le but recherché dans cet épisode de la pesée est d'amener les deux plateaux de la balance à s'équilibrer. Un dieu, généralement Anubis, a le rôle de maître de la pesée. A côté de la balance, le scribe et dieu du calcul, Thot, observe et note le résultat. Ensuite, le défunt est conduit devant le juge de l'au-delà qui doit annoncer la justification. A côté de la balance, en cas de condamnation, se trouve déjà une bête effrayante, « la dévoreuse », chargée d'appliquer la peine. Les condamnés ne sont pas seulement dévorés, nous le savons par d'autres illustrations. Pour eux, on a imaginé une quantité de punitions bien plus terribles, du feu à la torture. Voilà pour l'illustration. A côté se trouve un texte au centre duquel nous trouvons une « confession négative ». Il s'agit de l'affirmation par celui qui se tient debout dans la salle « des deux vérités », la salle du tribunal, de ne pas avoir fait certaines choses précises. Réduite au même dénominateur, la déclaration est une énumération de délits contre la société et contre les institutions rituelles. D'après la pensée égyptienne, la dénégation devait être efficace, c'est-à-dire parvenir à un résultat positif, si elle était prononcée à haute voix et si elle était écrite. Il est étonnant que cette confession soit dite dans un sens cultuel. Normalement, l'Egyptien a eu peu de possibilités de commettre de tels crimes. Il est d'ailleurs exclu des activités cultuelles. Même la formulation « Je n'ai pas fait ceci et j'ai fait cela » intrigue. On a pensé pour cette raison qu'il s'agissait uniquement de formules magiques de conjuration, et qu'on devait pour cela dénier aux Egyptiens un sens plus profond du péché. En réalité, il faut en chercher la solution dans une autre direction. Il y a en effet aux entrées des temples égyptiens des textes qui s'adressent aux prêtres ou dans lesquels les prêtres parlent eux-mêmes. Ceci par exemple :« Vous ne devez pas faire ceci et cela », dans l'idée que faire les choses ici défendues interdirait l'entrée du temple. Dans une autre formule, on dit que les prêtres devaient réciter les paroles suivantes avant d'entrer dans le temple : « Nous n'avons fait ni ceci ni cela ». Cette liturgie d'entrée existe dans d'autres religions, par exemple dans l'ancien Israël. Dans les psaumes, on trouve des textes dont le contenu et la forme sont très proches de ces formules. Encore ceci : de la Basse Epoque, nous connaissons des serments de prêtres qui ont une formulation comparable. Elles devaient être prononcées pour entrer dans l'état de prêtre. Il y a encore à l'époque chrétienne, en langue copte, des engagements verbaux pour les candidats au diaconat. Ils sont exprimés de la même manière et formulés également de façon négative. De là, on peut conclure que de telles déclarations lors de l'entrée dans une fonction sacrée ou pour pénétrer dans un endroit saint devaient être récitées pour préserver la fonction ou le lieu de toute impureté ou de toute faute. Cette explication ne serait-elle pas valable aussi pour le texte du chapitre 125 du Livre des Morts ? Si l'on prend au sérieux les titres des chapitres et si l'on tient compte d'autres tournures qui encadrent ce texte, on doit alors bien l'admettre, car le titre proclame : « Formule pour entrer dans la salle de la double vérité ». Et le mort affirme plusieurs fois :« Je suis pur ».
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© Manon de Boisemont 2007