Le prêtre suprême en Egypte ancienne
Cliquez pour lire la bande dessinée de style égyptien !
L'Égypte antique est une théocratie. Le pharaon est aussi le prêtre suprême de l' Egypte et le gardien de l'ordre universel. En effet, Pharaon a une mission à remplir : assurer l'harmonie entre les hommes et le ciel, être garant de la morale de son peuple, contribuant ainsi à assurer son éternité. Le prêtre suprême et le gardien de l'ordre universel : le cycle cosmique du devenir et de la disparition du monde, de la naissance et de la mort, des semailles et des moissons dont la succession rythmique, particulièrement dans un pays de fleuve comme l' Egypte, trouvait une expression visible dans le phénomène annuel de la crue du Nil - était soumis dans sa concrétisation au concept ordonnateur de Maat, conçue à l'origine comme une abstraction. Matérialiser ce principe fondamental de tous les événements, approximativement rendu par l'expression « ordre cosmique », et qui fut personnifié, dès l'époque des pyramides, sous le nom de « compagne (ou fille) de Rê », puis représenté plus tard sous les traits anthropomorphes d'une femme portant une plume sur la tête, telle était la tâche primordiale du Pharaon. Celui-ci était le garant du déroulement régulier du devenir universel, mais ce n'est que grâce à lui ou par l'acte cultuel qu'il accomplissait que l'ordre du monde gardait toute sa valeur. C'était à un point tel que le Pharaon était l'officiant suprême, ou même l'unique prêtre. Lui seul avait le droit légitime d'accomplir ce culte, et c'est pourquoi il prit au début du Moyen Empire le titre de « Seigneur du Rituel ». Les prêtres répartis dans tous les temples du pays n'agissaient qu'en tant que représentants de sa personne, et devaient en avoir reçu mission de lui. Qu'il s'agisse du culte journalier ou de celui des jours de fête, les actes rituels tels qu'offrandes, processions, etc., accomplis dans les innombrables sanctuaires du pays avaient pour unique fonction le maintien de l'ordre universel Maat, dont, à ce que l'on disait, dieux et hommes vivent. On conçoit dès lors logiquement que l'intronisation d'un nouveau Pharaon ait été interprétée comme une nouvelle création du monde, car l'univers, à la mort du Pharaon précédent, était plongé dans un profond chaos, faute d'un garant qualifié de l'ordre. Le couronnement du souverain, pris à tout le moins fictivement comme jour de Nouvel An de l'année civile en cours, produisait la victoire sur ce chaos. La « réunion des deux pays », opérée une nouvelle fois à chaque avènement et manifestée par le titre et les insignes significatifs portés par le Pharaon, rétablit l'ordre. Il est donc normal que le fondateur de la 12e dynastie par exemple, le Pharaon Amenemhat Ier, se fasse appeler « Celui qui renouvelle la naissance », c'est-à-dire « la création de l'univers ». Enracinée dans le dogme royal, cette façon de concevoir comme un rituel la charge de souverain - c'est-à-dire comme une institution détachée de son support humain qui, en garantissant l'éternel retour, déterminait le cours cosmique d'événements comme par exemple la crue du Nil - ne put qu'avoir elle aussi une incidence sur l'image historique que l'on se faisait de l'ancienne Egypte. Autant l'intronisation du Pharaon était considérée comme un acte indispensable à une nouvelle genèse du monde, autant le Pharaon se voyait attribuer pendant son règne des actions et des comportements déterminés qui, sous une forme elle-même ritualisée, étaient dépeints dans les représentations et les récits comme des « événements », sans que leur historicité en eût été une condition absolue. Expéditions et campagnes militaires, fondations de temples et représentations de batailles ne sont, bien souvent exclusivement, que des actes cultuels assignés au Pharaon, dans le sens que leur donne une conception ritualisée de l'histoire. Ils administrent la preuve de son efficacité qui, à son tour, les légitimise lui et sa fonction. Un exemple très frappant de ce qui vient d'être dit est offert par la représentation du « Massacre des ennemis » reproduite, sous sa forme conventionnelle très synthétique, à d'innombrables reprises, depuis l'unification du pays jusqu'à l'époque romaine. Le Pharaon, empoignant par les cheveux l'ennemi, l'assomme de sa massue et manifeste de cette manière très claire son triomphe sur les forces du chaos : il agit comme garant de Maat.
| L'agriculture en egypte | |||
© Manon de Boisemont 2007