Le fondement du pouvoir en Egypte

Cliquez pour lire la bande dessinée de style égyptien !

Un des problèmes cruciaux qui se posent dans le cadre d'une recherche d'histoire économique est celui des rapports de propriété et de possession. A qui appartient véritablement le sol que le paysan travaille ? A lui-même, à un propriétaire terrien, au roi ou aux dieux ? La possession de la terre confère du pouvoir, et l'exercice du pouvoir est la pierre d'angle de chaque organisation étatique. Avec l'apparition de la royauté, la nature de l'économie égyptienne se transforma. Dans tout le pays, des propriétés et des domaines royaux furent implantés (on parle alors de « colonisation intérieure »). Le souverain fut dès lors en mesure d'accaparer la production de ses sujets dans des proportions de plus en plus grandes. Dès la première dynastie, on subordonna au palais royal un établissement économique : un énorme magasin avec de nombreuses succursales où les produits du pays étaient centralisés. Grâce à ces réserves, les besoins de la famille royale et ceux de la foule toujours plus grande des fonctionnaires et des artisans au service du roi pouvaient être assurés. Le ménage de jadis, qui se suffisait à lui-même, disparut progressivement et fut incorporé au domaine royal, où il perdit son indépendance. Désormais, tout le sol appartint au monarque, et les paysans devinrent pratiquement des membres de son personnel, qui ne travaillaient plus pour eux-mêmes mais pour le souverain. La plus grosse part de leur production passait directement dans les greniers du roi. Ce processus atteignit son point culminant à l'époque des constructeurs des pyramides. Ainsi, on apprend par la Pierre de Palerme que le roi Snéfrou fonda en une seule année trente-cinq nouveaux villages. L'exploitation économique sans cesse plus intensive du pays et de ses habitants nécessitait un appareil administratif efficace, grâce auquel le pharaon exerçait son autorité. Sans le contrôle et la jouissance absolus de toutes les potentialités économiques de l'Egypte, des entreprises aussi dispendieuses que les pyramides eussent été complètement impensables. Dès le début de la 4e dynastie, les fonctionnaires égyptiens poursuivirent d'ambitieux intérêts personnels. En échange de leur loyauté envers la dynastie, ils exigèrent et, partant, obtinrent non plus seulement des biens de consommation ou des produits de luxe, mais aussi une part croissante du moyen de production le plus important, la terre arable. Ainsi Méten, un fonctionnaire de rang moyen, nous fait-il savoir, dans une inscription de son tombeau, qu'il a acheté 200 aroures (55 hectares) à quelques paysans et qu'il y a constitué douze domaines. Méten est, de ce fait, le premier propriétaire privé de l'ancienne Egypte qui nous soit connu. Mais il n'y eut pas que les fonctionnaires qui achetèrent des terres ou en reçurent directement du roi. Les princes eux-mêmes reçurent aussi des propriétés pour leur entretien. Le prince Néfermaat, fils de Snéfrou, fit représenter dans son tombeau de Meïdoum pas moins de quarante-cinq domaines lui appartenant, tous des villages qui avaient précisément été fondés dans le cadre de la « colonisation intérieure ». Il va sans dire que, durant cette période, le roi lui-même s'assura la part du lion de la propriété terrienne. Cependant, dès le règne de Chéops, la privatisation du sol était déjà si avancée qu'il devint de plus en plus problématique de rémunérer les fonctionnaires sous forme de propriétés foncières, d'autant plus que la mise en exploitation systématique des terres avait dû atteindre ses limites. C'est pourquoi les rois de la 4e dynastie se virent contraints de distribuer de plus en plus de possessions royales à leurs subordonnés, ce qui, évidemment, affaiblissait leur propre situation économique.

L'agriculture en egypte

© Manon de Boisemont 2007