Le roi et son portrait en Egypte ancienne
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Le portrait royal : la fonction créatrice que le roi exerce en vertu de sa charge divine demande à être révélée dans la matière et à être affirmée extérieurement. La nature individuelle du roi dieu, (mais d'essence mortelle), est abandonnée derrière la prétention à l'immortalité. Ce n'est pas un être humain en roi, mais un dieu et roi, que l'on veut représenter. La fonction créatrice, déjà évoquée plus haut, que le Pharaon exerce en vertu de sa charge divine et en tant que prêtre suprême demandait à être exprimée dans la matière et à être affirmée extérieurement aux yeux de tous. Les portraits royaux de l'Ancien Empire, dégagés de toute contingence, exprimaient de manière appropriée la signification extra temporelle du dogme royal. La nature individuelle du roi dieu, d'essence mortelle, était reléguée derrière la prétention à l'éternité de sa charge. Ce n'est pas un être humain en roi, mais un dieu et roi, idéalisé en une éternelle jeunesse, que l'on voulait représenter. La figure assise du Pharaon Khephren (vers 2500 av. J.-C., sous la 4e dynastie) porta cette conception à son point d'achèvement artistique. Le faucon Horus, posé derrière la tête du souverain qu'il entoure de ses ailes, est signe de l'identité divine, revendiquée même par-delà la mort. Le Pharaon défunt, assimilé au dieu de la mort Osiris, prend en outre part au cycle du renouvellement de la royauté. Ses prétentions à l'autorité sont, elles aussi, fermement inscrites dans les statues royales des temples funéraires. Les pyramides et les tombeaux monumentaux des anciens Pharaons avaient pour centres de culte leurs images funéraires, dépouillées de tout caractère éphémère. A un point rarement égalé par les autres moyens de représentation, les exemples de statuaire royale en ronde bosse témoignent des mutations de la royauté égyptienne. La représentation, traditionnelle sous l'Ancien Empire, du roi en dieu et en souverain, où la composante humaine du monarque devait s'effacer derrière l'institution qu'il représentait, est dépassée dans les portraits de Sésostris III. Jusque-là sous-jacente dans toutes les formes traditionnelles de représentation, la nécessité de transposer figurativement la prise de conscience de la précarité de l'existence humaine - à laquelle le Pharaon lui aussi était soumis - s'affirme de plus en plus et trouve son expression la plus impressionnante dans les portraits de ce pharaon. En revanche, les statues royales des sanctuaires du Nouvel Empire, érigées dans un but religieux renouvelé et pour servir la propagande, donnent une image à nouveau idéalisée de la royauté intemporelle, figurée à travers la personne du Pharaon. En effet, cette représentation des souverains de cette époque ne pouvait qu'être influencée par la conscience d'un empire universel excédant largement les frontières étroites de l' Egypte ancienne, et dont le point central fixé par la cour était la résidence royale. Ce sont surtout les portraits des Thoutmosides qui en sont l'expression la plus typique. Ceux d'Amenhotep IV aussi, par leur caractère unique et leur force expressive, sont les signes émouvants d'une lutte sans cesse recommencée pour aboutir à une figuration personnelle adéquate du souverain. Bien que l'on puisse lui trouver des prémices à l'époque d'Amenhotep III, le portrait royal de l'époque amarnienne reste une exception. Dans une voie qui n'avait encore jamais été expérimentée, Amenhotep IV sut conférer une expression artistique à des conceptions religieuses profondément marquées par sa personne. La tendance ramesside à l'auto représentation, toujours accompagnée d'une revendication du pouvoir extravertie, mena à l'apparition de statues royales monumentales qui, comme il a été dit plus haut, étaient érigées par tout le pays en tant que monuments, ou mieux en tant que moyens de propagande pour la monarchie. Les statues royales, qui sous l'Ancien Empire étaient des images intemporelles de l'institution divine incarnée par le roi divin, devinrent désormais l'expression gonflée jusqu'au monumental de ses aspirations personnelles au pouvoir, qui pouvaient l'amener à revendiquer la divinisation pour ses propres portraits colossaux.
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© Manon de Boisemont 2007