Politique étrangère et expansion en Egypte ancienne.
Cliquez pour lire la bande dessinée de style égyptien !
La réunification du pays, partie de Haute Egypte, mit fin à la domination étrangère en expulsant les Hyksos de Memphis, en s'emparant de leur capitale, Avaris, et en les poursuivant jusque loin en Palestine et en Syrie. Elle créa pour l'Egypte les conditions d'une politique extérieure expansionniste. On peut vraiment dire que c'est à partir de ce moment-là surtout qu'elle mena pour la première fois une politique étrangère réfléchie et qu'elle devint, par-delà l'importance qu'elle avait acquise jusque-là, une puissance considérable à l'échelle de tout le bassin méditerranéen oriental. Pour protéger son espace de souveraineté, il lui fallait d'abord s'assurer des cités-états syriennes et avoir des princes loyaux dans sa mouvance. Au début de la 18e dynastie, les princes des villes syriennes acceptaient peut-être plus ou moins de bon gré la domination égyptienne. Mais les prétentions impérialistes du Mitanni et, sous la 19e dynastie, celles des Hittites surtout, donnèrent matière à de nouveaux conflits. Thoutmosis Ier, sous le règne duquel des combats défensifs contre le royaume du Mitanni sont déjà attestés, put, pour un temps du moins, étendre jusqu'à Karkémish l'espace de la souveraineté égyptienne. Sous Thoutmosis II et sous Hatshepsout, on enregistre un net repli du côté des dépendances syriennes, alors que sous Thoutmosis III eut lieu l'affrontement décisif avec les princes syriens ligués avec le Mitanni. Sous la conduite du prince de Qadesh, 330 roitelets qui avaient fait défection à l' Egypte se réunirent avec leurs troupes devant Megiddo pour s'opposer à l'armée de Thoutmosis III qui approchait. Cette première campagne du roi égyptien - tout comme les suivantes - nous est bien connue grâce aux « annales » et à ce qu'on appelle les « listes de noms de lieux ». On sait ainsi que Thoutmosis III réussit à contraindre les princes syriens à fuir à l'intérieur de la ville, qui fut cernée et assiégée pendant sept mois. Il fut mis fin au siège par un traité dont le point central fut le serment d'allégeance des princes syriens : « Nous ne voulons plus nous rebeller, notre vie durant, contre Menkhéperré (Thoutmosis III), notre bon seigneur ». Les princes restèrent à la tête de leurs cités, mais ils durent livrer leurs armes et leurs chars de combat. On ne dénombra en tout que 83 tués, et le butin égyptien s'éleva à 2 041 chevaux, 191 poulains, 6 étalons et 942 chars de combat. En l'an 33 de son règne, Thoutmosis III entreprit sa huitième expédition contre le Mitanni. Au cours de celle-ci, le roi traversa l'Euphrate, comme l'avait déjà fait Thoutmosis Ier à Karkémish, et s'empara au retour de la ville de Qadesh. Cette expédition victorieuse produisit surtout un succès de prestige, qui poussa Babylone, Assour et les Hittites à envoyer des émissaires et donc à reconnaître la suprématie égyptienne en Syrie. Pour Amenhotep II, nous avons des comptes-rendus de trois campagnes militaires en Syrie. C'est probablement de cette époque déjà que date un traité de paix avec le Mitanni, auquel Arnenhotep Il fait allusion dans une inscription à Karnak : « Vinrent à lui les grands du Mitanni, leurs tributs sur leur dos, pour implorer la clémence de Sa Majesté, et aussi son agréable souffle de vie. C'est un fait héroïque, qu'on n'avait pas ouï depuis le temps des hommes ni des dieux : ces pays étrangers, que l'Egypte ne connaissait pas, supplient le dieu bon ». Sous Thoutmosis IV, il y eut un traité de paix entre l'Egypte et le roi du Mitanni Artatama et, grâce aux archives en écriture cunéiforme de Tell el-Amarna, nous sommes relativement bien documentés sur les relations de l'Egypte et du Mitanni sous les règnes d'Amenhotep III et d'Amenhotep IV. Nous connaissons la politique de mariage d'Amenhotep III prenant pour épouse une fille du roi du Mitanni Soutarna, mais aussi les tentatives de la reine égyptienne Ankhésenamon pour épouser un prince hittite après la mort de son mari Toutankhamon. L'antagonisme entre Hittites et Egyptiens culmine avec la bataille de Qadesh, où Ramsès II frôla une défaite catastrophique. Un traité de paix avec le roi Hattousil III, conservé aussi bien dans sa version hittite qu'égyptienne, instaura les bases de relations diplomatiques régulières qui durèrent jusqu'à l'effondrement de l'Empire hittite. Mais entre temps, à l'étranger, de nouveaux dangers se tramaient contre l'Egypte. Ainsi, en l'an 5 du règne de Merenptah, il y eut une attaque commune des Libyens et des peuples appelés « Peuples de la Mer », bien que cette expression soit inadéquate. De ces peuples faisaient partie les Shardanes, Loukas, Tourshas, Shekelesh et d'autres tribus « des Pays de la Mer ». Ces groupes de population, qui se rassemblaient à partir de la côte occidentale de l'Asie Mineure et des îles de la mer Egée qui lui font face, menacèrent une deuxième fois l'Egypte, trente ans à peine après leur premier assaut, et cette fois ils étaient soutenus par les Philistins et les Danounas. Aux bouches du Nil, tenues par Ramsès III, un gigantesque combat naval eut lieu, dont nous sommes informés par les représentations très détaillées qui ornent la paroi extérieure septentrionale du temple de Médinet Habou. Sous Ramsès III donc, les Peuples de la Mer furent définitivement repoussés. Une partie d'entre eux s'en retourna vers son point de départ, une partie put s'établir au sud de Canaan, région à laquelle ils donnèrent le nom de Palestine. Tout comme en Syrie-Palestine, l'Egypte devait continuellement mener des expéditions militaires contre les Nubiens. Son intérêt, visible aux forteresses frontalières colossales et aux places de commerce érigées là sous le Moyen Empire, devait se prolonger aussi pendant tout le Nouvel Empire. Après la période des Hyksos, Amenhotep Ier consolida la domination égyptienne sur le Sud et mit en place une administration particulière pour la Nubie, qui dépendait du « fils royal ». Thoutmosis Ier s'avança jusqu'au sud de la troisième cataracte et atteignit même Kénissa Kourgous, au-delà de la quatrième. Sous Thoutmosis III, on fonda la ville de Napata à côté du Gébel Barkal. Il y eut beaucoup de nouvelles fondations et de nombreux temples sous Amenhotep III et Ramsès II, qui fit construire surtout plusieurs temples rupestres, comme par exemple les deux sanctuaires d'Abou Simbel. La domination de l'Egypte sur la Nubie prit fin avec la 20e dynastie.
| L'agriculture en egypte | |||
© Manon de Boisemont 2007