Le roi et son palais en Egypte ancienne
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Le palais royal est luxueusement équipé. C'est aussi une place fortifiée, un siège central pour l'administration, un dépôt pour les archives de l'Etat, etc. Le palais royal a d'abord une fonction de résidence royale, avec sa salle d'audience et sa salle du trône. Le Pharaon et son palais : le fait d'inscrire, dès la Ier dynastie, le nom du Pharaon dans la cour du palais fermée par sa façade ornée de niches, elle même surmontée par l'image d'Horus, montre déjà l'importance du palais royal en tant que centre autour duquel gravitent quantités de fonctions. Comme complexe architectural au milieu de la ville de résidence, il jouait non seulement le rôle de lieu d'habitation, richement équipé, pour le Pharaon et sa famille, mais aussi de place fortifiée, de siège central pour l'administration, de magasin et d'atelier, et encore de dépôt pour les archives de l'Etat, le tout en un. Mais c'est surtout sa fonction de résidence royale, avec salle d'audience, salle du trône et « fenêtre d'apparition », qui revêt une importance particulière : dans le palais s'accomplissait le processus de conversion de la puissance royale en autorité effective, processus auquel n'avait accès qu'un public à vrai dire fort restreint. Dès la 1er dynastie, des palais sont attestés à Memphis et à Hiérakonpolis. On peut en reconstituer approximativement l'aspect en mettant en oeuvre aussi bien les découvertes archéologiques que les représentations figurées sur des tablettes d'ivoire ou sous forme d'hiéroglyphes. Les sites funéraires des Pharaons Djéser ou Sékhemkhet à Saqqara, édifiés en pierre comme résidence de l'au-delà, permettent de disposer d'informations sur les sites palatiaux de cette époque, construits en briques crues périssables, dont l'élément caractéristique - le mur d'enceinte orné de niches et percé de grandes portes palatines - s'est maintenu dans les sépultures monumentales de la région de Memphis, dans l'entrée du palais d'Hiérakonpolis, et jusqu'au Moyen Empire comme motif décoratif dans les sarcophages. En ce qui concerne les palais du Moyen Empire, nos informations se font très parcimonieuses. Il ne subsiste aucun témoin archéologique signalant la capitale de la 12e dynastie, Ittaouy, que l'on situe par conjecture au voisinage de la ville de Lisht. Par contre, la description de la salle d'audience du palais, dans le conte de Sinouhé, au moment où, à son retour de Palestine, celui-ci est reçu en audience par le Pharaon, est plus instructive. D'après ce texte, le large portail d'entrée pourvu de niches, qui ouvre sur une salle soutenue par de hautes colonnes végétales, était flanqué de deux sphinx royaux. Du côté opposé à l'entrée, le trône royal était placé dans une niche précieuse plaquée d'électrum. Mentionnons en passant le palais d'Amenhotep III à Malgata, dont seule une partie a été fouillée, qui est situé sur la rive occidentale d'un lac artificiel et comprend une série d'édifices isolés où furent retrouvés des vestiges de peintures murales, pour nous arrêter à la ville-palais d'Amenhotep IV à Tell el-Amarna. Fouillés et publiés dans leur grande majorité, les témoins archéologiques nous restituent une image saisissante de cette ville et de ces bâtiments qui, malgré leurs dimensions et leur importance, ne furent qu'éphémères. Les dessins d'architecture conservés dans les tombes rupestres nous aident à en compléter le tableau. Le palais résidentiel proprement dit du Pharaon et de sa famille était probablement situé à la périphérie nord des quartiers d'habitation de la cité, tandis que les apparitions publiques officielles du souverain avaient lieu dans un palais localisé, lui, au centre de l'agglomération, sur la grand-rue qui va du nord au sud, et qui était relié par un pont à la « maison du roi » située à l'est de l'artère principale. Dans cette maison du Pharaon se trouvait - suppose-t-on - la « fenêtre d'apparition » par laquelle le souverain, avec sa famille, se montrait en public à certaines occasions solennelles, comme la remise des décorations. Cette maison offrait sans doute une possibilité de logement supplémentaire pour la famille royale. Les appartements de représentation du grand palais servaient par contre à l'accueil des émissaires étrangers ou à la pompe des fêtes solennelles. Il comprenait une salle du trône gigantesque, une salle hypostyle, des magasins, deux harems, un grand étang, une cour bordée de statues colossales du Pharaon, et d'autres pièces d'apparat. Les fragments conservés de revêtements des murs et du sol présentent, superbement peintes, des scènes de paysage nilotique, avec ses étangs, ses plantes aquatiques, ses arbres, ses poissons et ses oiseaux, décoration qui se retrouve aussi dans la maison de plaisance du Pharaon, bâtie à l'extrême sud de la ville. Ce lieu de divertissement pour la cour, baptisé « Marou-Aton », se composait de deux jardins, un lac artificiel pour aller en bateau et un petit palais, avec des magasins et des serres, et pourtant il n'était pas conçu pour un très long séjour. Le palais des Ramessides n'était pas moins somptueux. Il était situé dans leur résidence du Delta, Pi-Ramsès, près de Qantir. Sa magnificence se reflétait même dans la littérature. Les fouilles menées ces dernières années par le musée Pelizaeus d'Hildesheim font espérer d'importants renseignements sur l'étendue et le contenu de ce palais qui paraît notamment avoir été nanti d'un zoo énorme. Parmi les vestiges archéologiques connus jusqu'à présent, signalons surtout les plaquettes d'incrustation en faïence polychrome, qui figurent des Nubiens, des Syriens ou des Libyens captifs. Elles formaient probablement le revêtement extérieur d'une fenêtre du palais, peut-être même de la « fenêtre d'apparition ». Pareils carreaux de revêtement mural ont été trouvés aussi à Médinet Habou, dans les palais des Ramessides, qui se trouvaient sur le côté sud de la première cour du temple et avaient un caractère exclusivement cultuel.
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© Manon de Boisemont 2007