L'alliance entre Hyksos et Nubiens.
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« Mon désir est de libérer l' Egypte. » Une correspondance échangée entre l'Hyksos Apopi et son vassal thébain Séqénenré Taa doit s'interpréter comme une première escarmouche, signe d'une hostilité croissante. Après avoir consulté ses scribes et ses savants, Apopi se plaignit du « bruit des hippopotames qui l'empêchent de dormir ». D'après le texte fragmentaire écrit sur papyrus un siècle après les événements, un message parti d'Avaris somma Séqénenré de débarrasser Apopi de ce désagrément. L'étang où les hippopotames vivaient devait donc se situer dans le territoire de Séqénenré. Le fond de cette histoire d'hippopotames, traitée comme un conte, n'est pas tout à fait clair. Il paraît certain qu'Apopi avait donné un ordre absurde à Séqénenré, ou plutôt que la tradition tardive du Nouvel Empire exposa les faits de telle façon que le souverain étranger fût lui-même jugé coupable du déclenchement des actions militaires. La momie de Séqénenré porte des blessures au crâne que seule une mort violente peut expliquer. Néanmoins, on ne peut dire si Séqénenré perdit la vie déjà au cours des hostilités contre les Hyksos ou lors d'un complot tramé contre lui. Son fils Kamosis s'était en tout cas si bien réarmé, vers le milieu du 16e siècle avant J.-C., qu'il put engager la lutte contre Apopi. Son long compte rendu gravé sur plusieurs stèles dédiées à Amon, maître de Karnak, débute par une constatation : Il devait partager le pays, lourdement taxé, entre deux souverains, l'Asiatique au nord et un roi de Koush au sud. Cette mention de Koush, toujours qualifiée de « misérable » dans les textes du Moyen Empire alors qu'elle restait insoumise, nous oblige à jeter un regard sur les événements qui se déroulèrent en Nubie depuis la fin de la 12e dynastie. Les forteresses situées sur la deuxième cataracte du Nil formaient de véritables bastions qui avaient encore leur raison d'être bien après que la 12e eut cédé la place à la 13e dynastie. Toutefois, au fil du temps, tandis que les services de Semna soucieux d'exactitude ne pouvaient absolument pas modifier les dates de leurs dépêches au rythme de la succession des rois dans la capitale, la Basse Nubie entre les première et deuxième cataractes tomba aux mains des princes de Koush, avec Kerma près de la 3e cataracte comme capitale. Un Etat nubien, puissant et autonome, s'était formé là. Il profita du morcellement croissant de l' Egypte pour annexer les possessions égyptiennes, inversant une des sentences de la « prophétie de Néferti »: « Quand tes frontières méridionales sont en danger, les barbares du nord se préparent à l'action ». «J'étais un serviteur distingué du roi de Koush. » La situation se renversa. Il était de règle auparavant que les Nubiens fussent au service des Egyptiens : c'était maintenant au tour des Egyptiens qualifiés de travailler comme ouvriers ou artisans pour les princes de Koush qui se firent construire une vaste résidence avec de hauts bâtiments à plusieurs étages. Ils se firent enterrer à proximité dans de grands tombeaux circulaires et voûtés, sur des lits richement décorés. Des offrandes étaient disposées autour d'eux pour leur vie quotidienne dans l'au-delà ; une partie de la Cour les accompagnait dans la tombe. On ignore comment se passaient de tels enterrements forcés, mais on rencontre cette coutume de suivre le souverain défunt dans l'au-delà ailleurs aussi en Afrique, et à l'époque archaïque en Egypte et en Mésopotamie. Pour suivre pareil usage, il fallait être animé d'une foi profonde et soutenu peut-être par l'absorption de boissons enivrantes. Kamosis disait qu'il devait partager l' Egypte entre le roi Hyksos au nord et celui de Koush. Il considérait donc la Basse Nubie comme une propriété de l' Egypte, alors que de son temps ce territoire était entre les mains des Koushites. La plupart des Egyptiens qui travaillaient dans le Sud regagnaient leur pays natal après des années ou même des décennies, pourvus au mieux pour la fin de leur existence. C'est dans leur pays natal qu'ils faisaient construire leurs tombeaux. C'est grâce à eux qu'on était naturellement bien informé sur les événements qui se passaient dans le pays voisin. Kamosis aurait donc pu aussi apprendre que le danger menaçait du Sud quand il s'engagea dans une guerre contre Apopi. Au début de son règne, un homme nouveau accéda manifestement au pouvoir à Kerma aussi et Kamosis profita ainsi de l'insécurité qui résultait souvent du changement de roi pour fondre sur Koush. Les inscriptions des stèles déjà mentionnées et d'autres témoignages épigraphiques permettent de conclure qu'il pénétra jusqu'à Bouhen. Vois, je suis venu car la chance est avec moi et l'avenir m'appartient. Kamosis avait de cette manière ses arrières assurés lorsqu'il dirigea ses attaques contre le puissant ennemi du nord. De sérieux combats éclatèrent déjà en Moyenne Egypte parce qu'un vassal particulièrement loyal vis-à-vis d'Apopi opposa là une résistance opiniâtre. Un passage de la stèle montre que Kamosis avait bien évalué la dangereuse menace que représentait une guerre menée sur deux fronts. Apopi tenta d'entraîner le roi de Koush dans une coalition en lui promettant de partager avec lui le territoire de Thèbes, après avoir réussi une manœuvre en tenailles. Le messager, qui devait parcourir la longue distance de quelque mille kilomètres par les oasis occidentales pour rejoindre Kerma et transmettre la proposition, fut capturé par les troupes thébaines dans l'oasis d'el-Bahariya. Toutefois, l'expulsion des rois étrangers se révéla difficile. Dans le texte de la stèle, Kamosis invective violemment le « misérable Asiatique » à qui il aurait pu ravir un nombre considérable de bateaux chargés de produits syriens, pour en offrir le butin à Amon de Karnak. Mais la place bien fortifiée d'Avaris, habilement bâtie près d'un bras du Nil dans le Delta, il ne s'en empara pas. On se demande même si Kamosis arriva finalement en vue de la citadelle hyksos. Sa poussée vers le nord ne dut pas avoir été plus qu'une expédition de rançonnement et de pillage. Kamosis se fit néanmoins fêter, selon la tradition, comme un général victorieux : Amon offrit au roi un glaive en forme de faucille, arme originaire d'Asie antérieure - le « misérable Asiatique » était ainsi battu par ses propres armes !
| L'agriculture en egypte | |||
© Manon de Boisemont 2007