Les journaux de campagne et l'historiographie en Egypte ancienne.

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Nous avons conservé des journaux de campagne datés du règne de Thoutmosis III. C'est à tort qu'on les désigne souvent comme « annales », alors qu'ils s'en distinguent nettement. Les annales royales relatent les événements importants d'un règne, mais aussi sa durée et la succession de plusieurs règnes - la Pierre de Palerme de la 5e dynastie et le Papyrus royal de Turin en sont des exemples très significatifs - alors que les notes que Thoutmosis III fit graver dans la « Salle des annales » du temple d'Amon à Karnak sont des extraits de ses bulletins de campagne rédigés au jour le jour, où figurent la direction de marche, les distances parcourues, des observations et les villes conquises. Globalement, ces renseignements nous font connaître le déroulement approximatif de chaque campagne et ses résultats. Etablir une chronologie qui soit fondée sur des dates précises pour des événements historiques reste pourtant fondamentalement étranger à la manière égyptienne de penser l'histoire. On instaura pour la première fois une telle périodisation à l'époque ramesside, comme nous le verrons, exception faite des fondations religieuses et des comptes-rendus de marche déjà cités, rédigés eux d'après des considérations purement pratiques. Comme le roi, en vertu de sa fonction, était le garant de Maat, l'ordre universel, il n'était besoin d'aucune échelle chronologique pour fixer un devenir du monde conçu comme éternel et immuable, ni même simplement des événements précis. Le « massacre des ennemis » était lui aussi un acte, éternellement répété, de domination royale sur le monde, comme la « réunion des Deux Pays » qui inaugure chaque règne. Les événements « négatifs », eux, l'historiographie officielle évite donc d'en parler. L'époque des Hyksos, par exemple, n'est connue qu'à travers les textes de la restauration, sous des rois plus tardifs. Les scènes d'expéditions contre des peuples étrangers, sous l'Ancien Empire déjà, ou encore les scènes de bataille sous le Nouvel Empire, comme par exemple les combats du roi contre les Nubiens et les Asiatiques figurés sur le coffret peint de Toutankhamon, peuvent être interprétées comme des représentations d'événements purement fictifs, exigés uniquement par le dogme royal, et qui ne relèvent en rien de la réalité historique. C'est à l'époque ramesside qu'apparaît pour la première fois un recul de la conception de l'histoire dépeinte ici. Le passage à une représentation d'événements définis dans leur spécificité et leur historicité, passage consommé dans les scènes de bataille du roi Séthi Ier, trouve un prolongement logique dans la rédaction littéraire de la bataille de Qadesh. Ce n'est plus le maître de l'univers qui combat ici, lui dont la victoire est présupposée dans Maat, mais le roi en tant qu'être humain, même si ou plutôt puisqu'il est finalement sauvé de la détresse par le dieu Amon. Malgré toutes les tentatives des Ramessides, haussées jusqu'au monumental, pour manifester extérieurement la divinité incarnée dans la royauté même pour que, de leur vivant encore, leurs statues soient l'objet d'un culte divin, on renonça à la fin de la dynastie à revendiquer ce caractère divin du roi égyptien. A partir de la 21e dynastie, c'est le dieu de l'Empire, Amon, qui règne comme véritable monarque d'un pays dont le roi n'est plus que le lieutenant. L'« Etat divin d'Amon » entraîna la sécularisation de l'image de l'histoire, qui ne devait plus évoluer jusqu'à la fin de l'histoire égyptienne. Ce n'est donc pas seulement le dogme royal, marqué jusqu'alors par cette image de l'histoire, mais aussi l'Etat qui lui était soumis et qui avait jusqu'alors résisté à toutes les tendances centrifuges, qui subirent un processus de dissolution. Ce dernier devait finalement entraîner la fin de la civilisation et de l'histoire de l'Egypte ancienne.

L'agriculture en egypte

© Manon de Boisemont 2007