Le harem royal en Egypte ancienne
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Dans l' Egypte ancienne , le harem est le lieu où résident les femmes de la famille royale : les épouses, les filles, les cousines et les favorites. Le harem va beaucoup évoluer depuis l'époque proto-historique sans doute jusqu'à Ramsès III. Le harem n'est pas seulement un lieu de plaisir, mais également un lieu de pouvoir et d'éducation, où les maîtresses rivalisent d'adresse pour étendre leurs privilèges et essayer de placer leurs enfants à des postes importants. Harem et intrigues : le harem en tant que partie du palais réservée à l'accueil et à l'entretien des épouses secondaires et de leur suite royale, indépendante dans son espace et par ses fonctions, remonte sans doute à l'époque proto historique. Sous l'Ancien Empire, le harem est le lieu de séjour de la reine, et c'est là qu'on éduque les enfants royaux et les fils des hauts fonctionnaires. Il avait sa propre administration, mais il ne jouissait pas encore d'une importance économique particulière. Les « belles du palais » mentionnées dans la littérature de cette époque peuvent être assimilées aux « favorites du roi » connues au Moyen Empire, et comprises comme dames du harem ou épouses secondaires royales. Tandis que pour les deux périodes intermédiaires on ne dispose d'aucun document, qu'il soit épigraphique ou archéologique, qui fasse la preuve d'un harem royal, l'existence autonome de cette institution est attestée sous le Moyen Empire, au moins à Ittaouy. Pour le Nouvel Empire, quantité de sources écrites et archéologiques permettent de supposer qu'il devait y avoir des harems à Thèbes, à Memphis, à Tell el-Amarna et à Gourob. La décoration figurée de la « grande porte » de Médinet Habou, jointe aux conclusions de l'analyse historique de sa construction, invite à considérer ce bâtiment comme un lieu de séjour temporaire pour certaines des femmes du harem de Ramsès III. Les textes déjà mentionnés dévoilent aussi l'importance économique prise par le harem au Nouvel Empire. Sa gestion était confiée à un corps spécifique de fonctionnaires. A côté de ses domaines fonciers, livrés à l'exploitation agricole, les sources citent des troupeaux de bœufs, des moulins et des ateliers de tissage. En outre, des impôts réguliers lui procurent des revenus. Le plus haut fonctionnaire administratif était le « directeur du harem royal ». Le harem était, tout au moins sous le Nouvel Empire, le centre de la politique matrimoniale des Pharaons, politique qui reposait avant tout sur l'entrée, requise par des considérations de politique extérieure, de princesses étrangères dans le harem du pharaon. La coutume, instituée depuis l'Ancien Empire, de marier les femmes du harem royal à de hauts fonctionnaires de la cour, non seulement servait leur carrière, mais renforçait aussi les liens de loyauté entre eux et le Pharaon. Au Nouvel Empire par contre, c'est la politique extérieure qui s'impose comme le pivot central de cette politique de mariage. Les textes rapportent ainsi l'entrée au harem royal, sous le règne de Thoutmosis III, de trois concubines syriennes, qui étaient escortées par trente femmes esclaves. Des lettres d'Amarna, on peut conclure à un mariage de Thoutmosis IV avec une fille du roi de Mitanni, Artatama Ier, union qui ne se réalisa pourtant qu'à la septième requête du Pharaon égyptien. Dans la dixième année de son règne, Amenhotep III épousa une autre princesse de Mitanni ; il était par ailleurs marié à une sœur du roi des Kassites, dont il sollicita, plus tard encore, l'envoi d'une fille. Le point culminant de la politique matrimoniale égyptienne est illustré par la tentative d'Ankhésenamon, veuve de Toutankhamon, entreprise mais restée sans suite, pour amener le roi hittite Souppilouliouma à envoyer un prince hittite que, grâce à ce mariage, elle hisserait sur le trône de l' Egypte ancienne. On connaît aussi plusieurs mariages de Ramsès II avec des filles de rois étrangers, mariages motivés par les conditions difficiles de la politique étrangère en son temps. Parallèlement à son importance pour les relations internationales qui se manifeste par cette politique matrimoniale, le harem exerça une influence non moins considérable sur la politique intérieure. Sous la 6e dynastie déjà, l'autobiographie d'un haut fonctionnaire du nom d'Ouni, appartenant à titre de juge et de directeur à la ville de la pyramide, et revêtu d'une haute charge, nous a conservé le compte-rendu d'un « procès secret dans le harem royal contre la reine », auquel lui-même était commis en tant que juge extraordinaire. L'assassinat du premier Pharaon de la 12e dynastie, Amenemhat Ier, trouva sans doute son point de départ dans une intrigue de harem. Le comportement du directeur du harem, Sinouhé, pris d'une peur panique, le laisse croire : celui-ci entendit par hasard transmettre la nouvelle du meurtre à un prince rival du fils et successeur du Pharaon assassiné, Sésostris Ier, alors occupé à une campagne militaire, et il s'enfuit aussitôt en Palestine. Sous Ramsès III, une querelle pour la succession au trône dut aussi avoir été l'occasion d'une conspiration du harem. Comme, pour cet événement, nous avons conservé des parties du dossier judiciaire, nous sommes informés de façon relativement détaillée sur l'arrière-plan de cette tentative de meurtre (qui, de toute manière, n'eut pas de suite) et sur l'action judiciaire consécutive. La femme de harem Tiyi complota l'assassinat du souverain pour établir son fils sur le trône. Dans ce dessein, elle gagna à sa cause non seulement l'appui des femmes du harem, mais également celui d'une série d'assez hauts fonctionnaires. Les noms de vingt-huit conspirateurs masculins et d'un plus grand nombre de femmes nous sont parvenus. La conjuration, qui devait éclater lors de la fête de la vallée au palais de Médinet Habou, échoua. La plupart des accusés furent reconnus coupables et probablement condamnés à mort. Le prince désigné pour prendre la place du roi fut contraint au suicide, comme le voulait la coutume dans les cas de délits commis au sein de la famille royale.
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© Manon de Boisemont 2007