Les grèves en Egypte

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Le « papyrus de la grève », daté de l'an 29 de Ramsès III, montre ce qui pouvait se passer lorsque le système de redistribution des biens par l'Etat était perturbé pour quelque raison que ce soit. Dans plusieurs lettres adressées à l'instance supérieure, c'est-à-dire au bureau du vizir, les scribes de la nécropole font remarquer que ni le Trésor ni l'administration des greniers n'avaient expédié à Deir el-Médina l'approvisionnement nécessaire aux ouvriers. Aussi les hommes seraient-ils déjà « à la mort ». Le retard considérable ou le défaut de paiement des salaires semble avoir également attisé la colère et l'agitation dans la communauté des travailleurs. Cependant, en un premier temps, grâce à l'intervention personnelle du vizir, qui s'occupa des livraisons, un conflit de plus grande envergure avait été évité. Mais, lorsque peu de semaines plus tard le salaire accusa derechef du retard, la première grande grève de l'histoire universelle se déclencha. Les ouvriers se groupèrent, ils débrayèrent avec force démonstrations et marchèrent en bloc vers le temple funéraire. Ils y menèrent un assaut en bonne et due forme et firent irruption dans le bâtiment qu'ils occupèrent et paralysèrent à la façon d'un moderne « sit-in » pour donner du poids à leurs revendications. Ces actions se prolongèrent plusieurs jours durant, jusqu'à ce qu'on promît aux travailleurs de remédier à la situation. Quand les salaires arrivèrent enfin, le calme revint pour un temps. Cependant, très vite, les événements se répétèrent. A nouveau, aucun salaire n'avait été versé et, à nouveau, cela provoqua la grève. La réprobation des ouvriers en colère parvint à un tel point qu'ils accusèrent le vizir de détourner leurs paies. Naturellement celui-ci nia avec véhémence et encore une fois il put mettre fin à la grève en faisant en sorte que l'approvisionnement soit livré aux artisans. Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, des travailleurs avaient fait valoir leurs revendications par la grève. Après que ce moyen de lutte a été découvert et que son efficacité a été éprouvée, on l'utilisa de plus en plus au cours de l'histoire égyptienne. Chaque fois que la redistribution assurée par l'Etat était perturbée, des arrêts de travail survenaient à Deir el-Médina. Parfois, ils ne duraient qu'un jour, mais parfois aussi plusieurs semaines ou plusieurs mois. On ne peut préciser dans quelle mesure la communauté des travailleurs s'était organisée en fonction de ces grèves, ou même s'il existait quelque chose de semblable à un syndicat. Les dernières informations que nous possédions sur des grèves datent de l'époque précédant immédiatement la disparition du village des travailleurs, sous le règne de Ramsès XI. Les motifs de grève étaient surtout d'ordre économique et peu d'entre eux concernaient les conditions de travail. A côté du défaut de paiement des salaires, c'est, de façon récurrente, la pénurie des biens de première nécessité qui provoquait des réclamations. A certains moments, on manquait de tout : de pain, de bière, de poisson, d'huile, de légumes et de vêtements - de toutes ces choses qui devaient être distribuées par l'Etat et auxquelles chacun avait droit.

L'agriculture en egypte

© Manon de Boisemont 2007