L'Egypte et ses fonctionnaires tout puissants.

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Seuls les membres de la famille souveraine accédèrent à la jouissance des domaines royaux mais, à la fin de la 4e dynastie, les hauts fonctionnaires de l'Etat durent également être payés avec des propriétés de la Couronne, puisque entre-temps toute la terre cultivable avait été répartie. Les pharaons ne purent recourir à d'éventuelles expropriations, car cela eut très probablement entraîné des troubles qui, le cas échéant, eussent mis en question l'autorité souveraine elle-même. De la fin de la 3e au début de la 4e dynastie, les propriétés foncières reçues par les membres de la famille royale consistaient, pour environ 62 pour cent, en villages fondés jadis dans le cadre de la « colonisation intérieure », mais, dès le règne de Chéops, les terres attribuées à ces parents du roi provinrent pour 77 pour cent des domaines royaux, ainsi qu'il appert des noms des villages énumérés dans leurs tombeaux. Les noms des propriétés royales comportent en effet toujours celui du souverain qui les a établies, ainsi « Noble est Chéops ». Sous la 5e dynastie, l'étendue des domaines fut diminuée, de sorte qu'en en concédant un nombre sensiblement égal, on accordait en réalité bien moins de terre. A partir de ce moment, les princes reçurent du roi environ un tiers de leur apanage, un autre tiers étant constitué par des villages qui étaient retombés dans les mains de l'Etat pour des raisons très diverses. Les possessions des fonctionnaires et des hauts représentants de l'Etat étaient largement de véritables propriétés privées. Elles pouvaient être vendues et le propriétaire était autorisé à librement les léguer. Il y avait cependant une restriction de taille : au cas où un fonctionnaire désobéissait aux ordres du roi, celui-ci se réservait le droit de recouvrer l'ensemble des biens de l'insubordonné. De cette manière, par suite d'une décision royale, un fonctionnaire pouvait rétrograder de la classe des propriétaires à celle des individus économiquement dépendants. Nous ne savons toutefois pas jusqu'à quel point le souverain pouvait encore effectivement exercer ce droit. A la fin de l'Ancien Empire en tout cas, il paraît très invraisemblable qu'il en ait encore eu la puissance. Dès la 5e dynastie environ, les grands temples du pays s'affirment pour la première fois comme propriétaires de champs. Les pharaons de. cette époque étaient confrontés à un problème : Ils ne disposaient plus de suffisamment de terres pour pouvoir les distribuer aux fonctionnaires en guise de rémunérations. Dans cette situation, ils cherchèrent à assurer leur pouvoir en renforçant économiquement les temples, un moyen qui, dans la suite de l'histoire, devait se révéler très dangereux. En offrant des terres aux temples, le roi se ménageait la bienveillance des dieux et confortait la légitimité de son autorité - du moins pour un certain temps. Vers la fin de l'Ancien Empire, les temples furent également affranchis de tous les impôts et de toutes les taxes qu'ils avaient dû, comme les autres propriétaires fonciers, supporter à l'origine. Le décret de Pépi Ier en faveur de la ville de la pyramide de Snéfrou illustre de façon exemplaire cette évolution. L'immunité fiscale accrut considérablement non seulement la puissance économique des temples, mais aussi leur influence politique, car désormais ils échappaient en toute régularité à l'Administration. Nul fonctionnaire n'eut encore le droit d'intimer aucun ordre à un temple. On peut suivre l'exécution de cette politique jusqu'à la Basse Epoque. Sous le Nouvel Empire, elle amena finalement le grand temple d'Amon (le dieu dynastique) à Karnak à devenir le pion le plus important sur l'échiquier économique de l'Egypte. Il y eut à peine un roi pour oser imposer ses prérogatives royales à la puissance de ce sanctuaire. Le pharaon ne gardait en effet une marge de manœuvre politique que grâce à de nouvelles concessions, toujours plus grandes, en faveur du clergé : un véritable cercle vicieux dont très peu de souverains du Nouvel Empire furent en mesure de s'évader ! De tout temps, l'agriculture fut au centre de l'économie de l'ancienne Egypte. Lorsqu'il fut possible d'assurer un rendement agricole excédentaire, une partie de la population put être enfin distraite de la production des denrées alimentaires et assignée à d'autres fonctions, comme l'artisanat et l'administration. L'activité agricole la plus importante était le travail de la terre. Après l'inondation annuelle, on devait tout d'abord ré arpenter les champs, car l'eau en avait détruit les bornes. C'est pourquoi, dès après le retrait du Nil, apparaissait une équipe de fonctionnaires du cadastre qui, en se fiant aux enregistrements antérieurs, marquaient à nouveau les limites des terres. Alors pouvait commencer le travail du sol proprement dit, pour lequel on utilisa très tôt la charrue de bois tirée par des bœufs. L'association de la force de travail animale à celle de l'homme peut être considérée comme caractéristique d'un très haut niveau de civilisation. Les semences étaient fournies aux paysans par les magasins d'Etat.

L'agriculture en egypte

© Manon de Boisemont 2007