La création du cosmos en Egypte ancienne.

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Depuis l'accomplissement de leur oeuvre de création, ces dieux primordiaux vivent dans le monde souterrain, mais ils se chargent encore de certaines nécessités élémentaires, comme le lever quotidien du soleil et le cours du Nil. Le mythe hermopolitain, quelque peu schématiquement construit, ne nous est transmis qu'à la Basse Epoque, il est vrai, mais déjà sous l'Ancien Empire Hermopolis est appelée « la ville de l'Ogdoade ». Les noms des dieux ont dû toutefois changer au cours du temps. En tout cas, Amon a été ajouté plus tard au détriment d'une autre divinité. D'autres mythes de création sont reliés à la doctrine de l'Ogdoade. L'un d'eux cite une oie céleste, « le grand criailleur », qui pour la première fois a rompu le silence d'avant le temps et qui sur la colline primordiale a pondu un oeuf duquel est sorti Rê, « l'oiseau de la lumière ». Pour les pèlerins d'Hermopolis, des coquilles d'œuf vides comptaient parmi les plus grandes attractions. Il faudrait examiner si la liaison entre l'œuf et le lièvre, « emblème » du 15e nome de Haute Egypte, dont la capitale était Hermopolis, survit dans les symboles pascaux germaniques. Au lieu de l'oie, on cite également l'ibis comme créateur de l'œuf originel. Par là, Thot, le dieu de la sagesse et le dieu scribe, qui est au fond le véritable maître de l'antique Shmounou, entre en jeu. Les Grecs l'ont assimilé à Hermès, ce qui a donné son nom à la ville. Une variante très poétique de la théorie de la création parle d'un bouton de lotus au milieu du lac sacré d'Hermopolis. Il contenait Rê, l'enfant divin, et le libéra tôt le matin, quand les pétales s'ouvrirent. Ailleurs aussi, la fleur de lotus, qui s'ouvre le matin pour se refermer le soir, a été mise en relation avec le soleil. Le mythe de Néfertem (« parfait d'être et de non-être ») présente le plus d'affinités avec la légende hermopolitaine. A Memphis, Néfertem fut vénéré comme le fils de Ptah. C'est seulement à partir du moment où Thèbes fut promue capitale du pays que son dieu local, Amon, devint dieu de l'empire. Thèbes, ayant pris du retard par rapport aux autres centres, eut des difficultés à rendre plausibles ses prétentions à avoir créé le monde la première. La théorie d'Amon comme dieu originel qui a tout créé est par conséquent un conglomérat de motifs plus anciens et d'origines diverses. Ainsi, Amon est né de lui-même tout comme Atoum. Sa première forme d'apparition était l'Ogdoade d'Hermopolis, puis Tatenen, le tertre primordial de Memphis, et enfin il s'est rendu au ciel en tant que Rê. Il a créé les dieux et les hommes et il a organisé le monde. Sur la colline primordiale, il a fondé la première ville, Thèbes, qui servit de modèle à toutes les autres villes. Ce mélange peu original de traditions plus anciennes témoigne des prétentions rigoureuses du clergé d'Amon, le dieu de la capitale. Pour disposer d'une prééminence absolue, Amon devait être non seulement le dieu suprême, mais aussi le plus ancien. Avec une avidité syncrétiste sans pareille, le clergé d'Amon revendiqua résolument la création et toutes les légendes qui la concernaient. Bien que les exposés sur l'origine du monde, chacun mis à part, semblent très différents, ils se basent tous sur une même connaissance fondamentale : l'événement central de la création est la différenciation. Le créateur surmonte l'unicité du non-être, qui ne connaît « pas deux choses », en se « multipliant en millions ». Au-delà des frontières de l'univers de l'être, le non-être subsiste. Il entoure le cosmos sous la forme d'un ouroboros, le serpent qui se mord la queue. Dans cette obscurité de l'état primordial est précipité le pécheur. C'est là que les ennemis des dieux doivent être mis en exil, et à la fin des jours c'est là que le monde retournera. L'expression la plus visible du chaos est le paysage non cultivé et hostile à la vie des montagnes du désert en dehors de l'oasis du Nil. La géométrie pure des pyramides se découpant nettement du plateau rocheux de Giza, de même que l'ordonnance du temple funéraire d'Hatshepsout qui sort comme un cristal de la montagne thébaine déchiquetée, semblent illustrer le processus de la création.

L'agriculture en egypte

© Manon de Boisemont 2007