La condition de la femme, l'amour et l'érotisme
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La structure familiale, marquée par une dominante patriarcale - on voyait dans le père et époux le chef de la famille, responsable par ses revenus de l'entretien de la famille, même si la femme était souvent appelée « maîtresse de la maison » - répondait à la structure générale de la société égyptienne, dominée par l'homme. La femme était pourtant mise sur le même pied que l'homme, sinon inconditionnellement dans la vie de tous les jours, du moins juridiquement. En tant que sujet de droit, elle pouvait disposer de propriétés et de revenus sans discrimination, et aussi exercer une profession qui ne fût pas directement liée à la tenue de son ménage, comme par exemple fileuse ou tisseuse, et surtout prêtresse. Il y avait ainsi les « chanteuses d'Amon », qui depuis le Nouvel Empire furent étroitement attachées au culte rendu dans les temples. L'administration, elle, était un domaine réservé aux hommes, même si, sous l'Ancien Empire, il y avait eu des employés administratifs féminins. Le centre de la vie pour la femme égyptienne restait pourtant le cercle familial, les soins apportés à son conjoint et à ses enfants, qu'elle entourait de son affection. La responsabilité de l'homme vis-à-vis de son épouse est particulièrement bien montrée dans ce passage de la Sagesse de Ptah hotep : « Si tu es un homme de qualité fonde un foyer et chéris ta femme comme il convient. Emplis son ventre de nourriture, habille son dos ; que les onguents soient aussi un remède pour ses membres ; rends-la heureuse ainsi tant que tu vivras. Qu'elle soit un champ fertile pour son Seigneur ». C'est dans les quelque cinquante chants d'amour conservés du Nouvel Empire (qui seront étudiés plus en détail dans un autre endroit de ce livre) que s'expriment délicatement les tendres sentiments de l'amour qui précèdent la fondation d'une famille. Les Chants de la grande joie du cœur, les Chants joyeux ou Les belles chansons joyeuses pour ton aimée, que ton cœur aime, lorsqu'elle vient des champs, nous dépeignent avec des couleurs gaies la richesse des sentiments personnels, les désirs et les rêveries d'un couple d'amants en Egypte ancienne. Les images et les allusions au désir amoureux, en partie contenues, en partie explicites, mais toujours gracieuses, manifestent une chaleur de sentiment qui ne saurait être feinte ou artificielle, même lorsqu'elle a recours à un cliché littéraire, à une tournure traditionnelle ou qu'elle s'enveloppe de références rituelles. L'intervention fréquente du paysage est caractéristique : c'est le cadre où se situent l'aventure amoureuse, ou seulement les mirages que suscite le désir. C'est le paysage caché, au bord du fleuve, couvert par le fourré épais des papyrus, où stagnent les eaux des marais du Delta. Il forme l'empire de la déesse de l'amour Hathor, « celle qui détient l'amour, la Dorée, qui séjourne dans les marais où nichent les oiseaux, domaines de sa félicité ». Le rituel de la chasse aux oiseaux et de la pêche, de l'arrachage des papyrus et de la cueillette du lotus sont l'expression symbolique et imagée, aux multiples variantes, d'une intense joie d'amour. Employés comme thèmes dans les peintures des tombeaux ou comme motifs décoratifs sur de petites coupes précieuses ou sur des coffrets à bijoux - les fleurs de lotus et les tilapias, les dessins de canards avec leur tête tournée vers l'arrière, la promenade d'agrément dans des esquifs de papyrus ou encore les baigneuses nues - tout se prête à une peinture vivante de la joie des sens, naturelle, sans pruderie, mais aussi exempte de lascivité. Il faut sans doute supposer que l'érotisme égyptien a subi au cours des millénaires une transformation et une modification de valeur qui correspondent à l'évolution de la société. Pour l'Ancien et le Moyen Empire, les sources dont nous disposons à ce sujet ne sont que très parcimonieuses, mais on ne peut nier qu'au Nouvel Empire une liberté nettement plus grande ait alors régné dans le domaine des rapports sexuels et de l'érotisme. On trouve de nombreux ostraca et de petits objets qui en portent des représentations explicites. Mais il nous faut accorder une mention spéciale au Papyrus de Turin. Il peut être classé dans le genre des « livres d'oreiller » que l'on retrouve dans d'autres cultures orientales et qui ont dû faire office d' « Art d'aimer ». Il est certain que le Papyrus de Turin ne fut pas le seul de sa sorte.
| L'agriculture en egypte | |||
© Manon de Boisemont 2007