L'au-delà en Egypte antique
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L'attente d'une « maison à construire pour un homme dans l'au-delà, des étangs à creuser, des arbres fruitiers à planter » prouve la croyance dans le prolongement immédiat de la vie d'ici-bas dans l'au-delà. Et il est très significatif de l'esprit de l'époque de prier pour sortir au jour, de recevoir l'apparence d'un homme ». Un souhait assez souvent exprimé se rapporte à la réunion de la famille dans l'au-delà. Cette sollicitation terrestre est si importante qu'elle revêt assez souvent la forme d'un décret divin. Cela commence ainsi :« Sceller le décret concernant la famille et transmettre celle-ci à un homme dans le royaume des morts ». Puis vient le contenu de la décision : « Geb, le prince héréditaire des dieux, a ordonné que me soient donnés ma famille, mes enfants, mes frères, mon père et ma mère, mes serviteurs et toute ma parenté ». Fréquemment, on souhaite pouvoir se venger depuis l'au-delà d'un ennemi d'ici-bas. La formule 149 décrit énergiquement la façon d'agir envers un adversaire. Le procédé brutal est à peine adouci par le fait qu'il est légitimé, de façon habile, par une décision d'une autorité judiciaire de l'au-delà en faveur du défunt. Celui-ci se transforme en faucon pour s'engager avec plus de mobilité et d'agressivité dans son projet. Le souhait d'une autre forme physique - en tout cas de rester un être mobile - est souvent exprimé à cette époque. Nous connaissons ce souhait déjà dans les Textes des Pyramides les plus anciens. Là, la métamorphose facilitait la montée au ciel ; ici, c'est simplement le désir de pouvoir bouger, le désir d'échapper à l'exiguïté de la momification, du cercueil et de la tombe. Dans ce contexte, beaucoup d'espèces d'oiseaux sont mentionnées. Mais le désir de métamorphose ne se limite pas seulement aux oiseaux. Par ce moyen, on voudrait aussi se servir de la puissance des dieux. Très souvent, c'est frappant, on veut égaler le dieu Thot habitant Hermopolis en Moyenne Egypte. Sa fonction de juge dans le procès opposant les dieux Horus et Seth et son invention de la mesure du temps étaient certainement très appréciées. Mais on n'est pas difficile à contenter : Quelqu'un se souhaite « la forme de tout dieu qu'il veut ». L'envie de mouvement vient toujours au premier plan. Elle trouve sa plus forte expression dans une représentation de l'âme qui devient à partir de cette époque un thème très courant dans les textes et les légendes. Il s'agit du Ba, pour lequel le mot et la notion d' « âme » ne sont certainement pas tout à fait adéquats. Il est, comme le Ka cité plus haut, un aspect de l'existence humaine. La différence essentielle entre les deux est que le Ka représente un élément statique et le Ba un élément dynamique. Le Ba assure la liaison avec le monde extérieur à la tombe et est représenté sous la forme d'un oiseau. Son hiéroglyphe est aussi un oiseau. Il devient actif après la mort, il vole, comme le montrent les représentations, entrant et sortant de la tombe par le puits funéraire et il garantit ainsi la participation du défunt à la vie et aux activités extérieures à la réalité étroite de la tombe. Ensuite il revient, car l'inséparabilité du Ba et du corps est cruciale. Son rôle est expliqué par un texte dans lequel il doit permettre à un homme « d'entrer dans sa maison, de compter ses descendants, d'avoir de l'air et de recevoir l'amour de ceux qui sont sur terre ». D'autres formules des Textes de Cercueils sont influencées par la crainte de perdre des propriétés de l'existence humaine. En plus du cœur et de la tête, le nom est aussi mentionné ici. Un texte exprime le désir d'un abri et l'aspiration à l'enfance et à la jeunesse, texte qui implore la transformation en Ihi, le fils d'Hathor et de Rê. Le souhait de continuer à vivre apparaît aussi par l'insistance sur l'appartenance au temps des origines, sur la préexistence :« J'existais quand la séparation n'avait pas encore eu lieu, quand la matrice n'avait pas encore donné naissance ». Le Nil, en tant qu'incarnation de la puissance créatrice originelle, de la fertilité, de la vie et de l'inarrêtable, est aussi compris dans ce mode de pensée. Nos textes expriment cela : « J'ai inondé les deux rives. Ma puissance apparut au jour après Noun (les eaux primordiales), au-dessus des deux pays. Vous, Humains, contemplez-moi ! Je suis le Nil qui crée ce qui existe et fait naître ce qui n'existe pas ».
| L'agriculture en egypte | |||
© Manon de Boisemont 2007