Le culte d'Amon en Egypte ancienne.

Cliquez pour lire la bande dessinée de style égyptien !

Le nom d'Amon est interprété comme « invisible » ou « secret » et secrètes sont également pour nous l'origine et la préhistoire de ce dieu. Des citations occasionnelles dans les textes de l'Ancien Empire ne fournissent guère d'indices. Seules des interprétations tardives le rangent parmi les dieux originels de la création. Dans la cosmogonie d'Hermopolis, il a repris la place d'une autre divinité. En tant que dieu du vent, « qu'on ne voit pas, mais dont on entend le mugissement », Amon a mis en mouvement l'océan primordial immobile. Son attribut, la couronne de plumes d'autruche, en dérive d'ailleurs. Le souffle indispensable à la vie et « qui est dans toute chose » fut reporté également au niveau spirituel et fut assimilé plus tard au pneuma grec. Dans le texte grec de la Genèse, le mot pneuma désigne « l'esprit de Dieu » qui se meut au-dessus des eaux. La forme d'apparition d'Amon qui le montre en tant qu'oie du Nil, ayant pondu l'œuf originel, remonte également à des idées hermopolitaines. Nous ignorons si Amon fut au temps de l'Ancien Empire un dieu local de Thèbes - en ce moment encore insignifiante - et si, par ailleurs, on lui vouait un culte. La capitale du 4e nome de la Haute Egypte fut d'abord Hermonthis (Arment) où l'on vénérait le dieu Montou en la forme d'un faucon. Son nom pourrait signifier « le sauvage ». En tout cas, il devint plus tard, un dieu de la bataille et de la guerre. Par rapport à Amon, Montou conserva toujours une indépendance remarquable. Les rois de la 11e dynastie s'appellent en son honneur Mentouhotep, bien que la promotion rapide d'Amon soit due à leur initiative. Nous ne pouvons reconstituer qu'hypothétiquement les causes de cette carrière extraordinaire : la situation chaotique de la Première Période intermédiaire ainsi que la détresse de cette époque ont provoqué chez le peuple égyptien une profonde transformation des consciences. Les dieux n'avaient pas réussi à maintenir l'ordre du monde : « Rê avait vieilli ». La déception et le scepticisme allèrent jusqu'à l'accusation contre Dieu. Les nouveaux souverains ne pouvaient pas simplement repartir du point où la débâcle de l'Ancien Empire avait eu son origine. Ils devaient présenter leur réunification de l'empire comme une nouvelle création. Celle-ci ne pouvait être représentée d'une façon convaincante par des dieux « ébranlés ». Il fallait plutôt un dieu sans passé avec un nouveau centre de culte. Une solution qui, dans l'esprit du combat des Titans en Grèce, aurait destitué les anciens dieux et les aurait « pensionnés » en les remplaçant par une nouvelle génération de dieux pourrait nous paraître logique, mais elle contredirait profondément la mentalité égyptienne. Rien de ce qui a été inventé et développé un jour ne pouvait être classé un autre jour. Tout restait vivant et réel, même si cela ne correspondait plus ou était contraire à certaines réformes. L'aspect d'Amon, largement indifférencié jusqu'alors, offrait la possibilité d'un compromis des générations dans la mesure où il pouvait prendre en charge les anciens dieux tout en les rajeunissant. Les liaisons syncrétistes ne pouvaient ni porter atteinte à leur identité, ni changer le caractère d'Amon, celui-ci n'étant pas encore bien déterminé : L'absence de mythes autonomes pour ce dieu est révélatrice à ce sujet. Le fait que Thèbes ne soit pas retombée dans le provincialisme après que les rois de la 12e dynastie ont déplacé leur résidence vers le nord montre le lien étroit entre le nouvel ordre créé par l'unification de l'empire et le culte d'Amon. A la fin de l'époque des Hyksos, les dirigeants thébains ont également déduit de ce souvenir la légitimité et l'obligation d'unifier de nouveau les deux pays à partir de Thèbes. Que l'unification ait réussi a servi avant tout le prestige d'Amon. Au cours de la 18e dynastie, le clergé a pu gagner pour cette raison en influence et en pouvoir d'une manière telle qu'en certains moments ils réduisirent sensiblement la liberté d'action du roi. Après la rupture radicale des traditions par Akhénaton, Amon a de nouveau triomphé, mais la Cour s'est soustraite à son rayonnement immédiat en transférant la capitale vers le Delta, ce qui était devenu de toute façon indispensable au niveau politique. Le fait que ce soit justement à la 19e et à la 20e dynastie que les sanctuaires d'Amon aient pris des dimensions gigantesques était certainement plus qu'un geste, mais ne pouvait cependant pas cacher que la domination politique réelle du dieu avait diminué. Toutefois, à partir du 1er siècle avant J.-C., les prêtres réussirent à profiter de la faiblesse continue du pouvoir central du roi et à ériger un « Etat divin » sous la domination fictive d'Amon dans la région thébaine. Depuis le milieu du 8e siècle avant J.-C., à l'époque « éthiopienne », la théocratie est entre les mains de l'épouse divine », la grande prêtresse d'Amon. Comme quelques rois prêtres auparavant, les épouses divines étaient originaires de la maison royale et se dotaient de titres royaux. A cette époque, le temple de l'empire connut un dernier essor et d'importants remaniements architecturaux. Presque cent ans plus tard, avec le sac de Thèbes par les Assyriens, Amon perdit définitivement son hégémonie. Mais le souvenir du roi des dieux subsista si fort qu'il fut assimilé plus tard à Zeus et finalement à Jupiter. Mais il est significatif que son nom ne se trouve plus en tête comme ce fut le cas jadis, par exemple, dans Amon-Rê ; dans les combinaisons Zeus-Amon ou Jupiter-Amon, il est subordonné. De même, il n'atteignit pas une importance internationale telle que Isis l'avait pu acquérir.

L'agriculture en egypte

© Manon de Boisemont 2007