L'Egypte sous la 6 e dynastie.
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Les symptômes du démantèlement progressif du pouvoir central émanant de la cour royale se multiplient dans le courant de la 6e dynastie (vers 2290 - 2154 avant J.C.). A cette époque se profila de plus en plus nettement une évolution qui avait son origine dans la façon de rétribuer les fonctionnaires. En récompense de leurs services, ceux-ci bénéficiaient de l'usufruit de terres et de paysans. Ce type de rémunération n'était pas seulement d'application pour les tâches de l'administration publique, mais aussi pour les fonctions sacerdotales dans les temples des dieux et les temples funéraires. Jusqu'à la fin de l' Ancien Empire d' Egypte seulement, notre documentation nous fait connaître plus de soixante prêtres et fonctionnaires au service du culte funéraire de Khéops. Cependant, les offrandes destinées au culte des morts n'étaient pas réellement transmises aux morts ; elles ne l'étaient que symboliquement. Lorsque les produits des domaines ruraux établis à cette fin - denrées alimentaires, vêtements, objets divers - n'étaient pas « gaspillés », ils servaient à entretenir les fonctionnaires, leurs employés et même les ouvriers agricoles. Comme l'hérédité des charges s'imposa peu à peu, les revenus devinrent aussi héréditaires. Une part de plus en plus importante du domaine public, c'est-à-dire royal, se transforma de facto en propriété privée qu'on pouvait agrandir en achetant des terres, sans avoir d'obligation légale ultérieure. Les fonctionnaires parvinrent à obtenir la protection juridique de leurs bénéfices, comme cela ressort assez d'un décret de Pépi 1 er en faveur des deux pyramides de Snéfrou à Dachour. Ce décret de sauvegarde, ayant la forme d'un bloc de pierre inscrit, était manifestement encastré dans les murs de la ville de la pyramide. Pépi 1 er y précise qu'on ne peut en employer les habitants que pour entretenir le culte funéraire de Snéfrou dans les siècles des siècles et que personne d'autre ne pourrait les utiliser pour d'autres travaux, quels qu'ils soient. Ils sont aussi naturellement exemptés de certains impôts. Pareille exemption signifiait que les artisans en activité dans l'institution concernée ne pouvaient pas, par exemple, être contraints de travailler ailleurs. Un peu plus de 300 ans séparent Snéfrou de Pépi 1 er . Que l'on songe dès lors sur quel espace de temps le culte des morts pouvait être maintenu et combien de Pharaons entre-temps avaient dû être l'objet de soins semblables. A cela s'ajoutèrent des dons de domaines funéraires, d'équipements de tombeaux, comme ce fut le cas pour Débéhen, pour Ouashptah et pour beaucoup d'autres, générosités dont la cassette royale supporta les frais, sans compter les dons aux temples divins dans le pays entier. L'indépendance économique des fonctionnaires s'accompagna en fait d'une prise de conscience croissante d'eux-mêmes, et les conséquences de leur émancipation se révélèrent de façon particulièrement claire dans le cas de ceux qui ont le mieux réussi : les nomarques.
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© Manon de Boisemont 2007