Aton : le Dieu unique d'Akhénaton

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Aton était efficace par la lumière visible et il ne pouvait pas rendre possible la course du dieu solaire, selon l'ancienne croyance, dans le royaume nocturne des morts. La religion d'Aton ne croyait pas en une vie éternelle au-delà de la mort. La religion d'Aton n'était pas une religion de réconfort. Si Akhénaton avait institué alors la vénération d'Aton à côté des cultes anciens, on aurait interprété son enthousiasme excessif pour le nouveau culte comme une particularité d'un souverain entêté. La propagation du dieu unique eut cependant pour conséquence que le roi ordonna de fermer les temples des autres dieux dans tout le pays ; et Amon, qui sous les prédécesseurs d'Akhénaton s'était élevé au rang incontesté de roi des dieux, fut l'objet d'une persécution fanatique. A des foules de gens munis de maillets et de ciseaux, on fit connaître l'aspect des trois hiéroglyphes qui composaient le nom d'Amon. Ensuite, ils se répandirent dans tout le pays - iconoclastes bien orientés - pour détruire le nom et les représentations du « caché » (c'est le sens du nom d'Amon). On martela aussi le mot « dieux » à plusieurs reprises. Il ne devait plus exister sur la terre égyptienne de dieux multiples. Nous ignorons la réaction de la population face à ses mesures. On éloigna toujours le simple peuple des rites pratiqués à l'intérieur des temples. La plupart des gens ne pouvaient pas non plus lire les expressions bienveillantes des dialogues entre les dieux et les rois sur les murs extérieurs des temples. En revanche, le peuple avait de tout temps participé en masse au transport des statues de culte voilées dans les barques portées par les prêtres ; dans la plupart des cas, les visites réciproques des dieux, leur mariage sacré, la magie de la fertilité et de la récolte s'accompagnaient de réjouissances, de festins plantureux et de faits qui reçurent l'appellation de « débauches scandaleuses ou honteuses » à l'époque tardive. Toutes ces cérémonies s'expliquaient par des mythes, c'est-à-dire des contes dont les hommes ont entouré leurs divinités depuis les temps les plus reculés et par lesquels ils les mettaient en relation les uns avec les autres et les illustraient. Mais l'Aton rayonnant d'Akhénaton pouvait se passer de statue de culte ; son caractère immuable l'empêchait aussi d'être embarrassé d'histoires. En outre, en dehors d'Amarna, il n'existait que quelques sanctuaires dédiés en son honneur. Une profonde frayeur existentielle a dû gagner alors le peuple et ce sentiment d'insécurité, le clergé destitué ne fit rien pour l'atténuer. Aucune époque de l'histoire égyptienne ne fut l'objet de tant de spéculations dans l'opinion de la postérité que l'époque amarnienne, parce que les historiens ont évidemment tenté d'expliquer l'action « révolutionnaire » ou « réformatrice » d'Akhénaton. Suivant l'opinion la plus répandue, il aurait tiré les conséquences d'une crise qui couvait depuis longtemps déjà entre la famille royale et un groupe de traditionalistes, personnifié par les prêtres d'Amon et les clercs et, en persécutant Amon, il aurait voulu porter atteinte à ces forces dont il ne fallait pas sous-estimer le pouvoir en tant qu'administrateurs de la fortune de temple la plus élevée. L'antagonisme se serait durci à cause d'un groupe relativement inculte de militaires qui auraient reçu comme salaire, après leur service actif, des postes administratifs lucratifs dans les institutions de la fortune personnelle royale et auraient exercé une trop grande influence sur la famille royale. En propageant le culte d'Aton, Akhénaton se serait donc appuyé sur ceux « qui écoutent mes enseignements » et aurait donné une nouvelle liberté de mouvement à la royauté. Il est hors de question de discuter ici toutes les thèses émises sur cet espace de temps court que constitue l'époque amarnienne. Mais il faut aussi se demander si les efforts étonnants d'Akhénaton n'ont pas une origine psychique, si l'énergie spirituelle et corporelle dont il disposait pour faire triompher sa croyance ne plongeait pas ses racines dans le subconscient. La tradition précise que depuis les définitions idéologiques d'Aton et les textes de ses hymnes jusqu'aux instructions aux chefs des sculpteurs, jusqu'aux changements tant iconographiques que stylistiques dans l'art, tout serait dû à l'initiative du roi en personne.

L'agriculture en egypte

© Manon de Boisemont 2007